La sororité professionnelle, concrètement
« Sororité », le mot est beau, mais il peut sonner creux. Alors soyons concrètes : dans nos métiers, la sororité, ça veut dire quoi, exactement ?
Ça veut dire se recommander. Le secteur fonctionne au bouche-à-oreille : une grande partie des missions ne sont jamais publiées, elles circulent entre gens qui se connaissent. Quand une femme en recommande une autre, elle ouvre une porte que les annonces n'ouvrent pas.
Ça veut dire répondre. Même un « non, pas dispo, mais bon courage » vaut mille fois mieux que le silence. Le silence, dans nos métiers, c'est ce qui isole le plus. Répondre, c'est déjà tendre la main.
Ça veut dire partager l'information : un tarif syndical qu'on n'ose pas demander, le nom d'une prod fiable (ou d'une à éviter), une aide méconnue, un appel à projets qui se termine vendredi.
Ça veut dire se relire, se conseiller, se rassurer — parce que le syndrome de l'imposture ne se soigne pas tout seul.
Et ça veut dire occuper l'espace ensemble : se citer, se mettre en avant, refuser les panels sans femmes, célébrer les réussites des autres au lieu de les vivre comme une menace.
Cinq gestes simples pour commencer, dès cette semaine :
1. Recommander une consœur pour une mission, même si ce n'est pas « votre » projet. 2. Répondre à chaque sollicitation — un mot suffit. 3. Partager une information utile que vous auriez aimé recevoir à vos débuts. 4. Féliciter publiquement une réussite qui n'est pas la vôtre. 5. Présenter deux femmes qui devraient se connaître.
La sororité, ce n'est pas de la gentillesse. C'est une stratégie collective. Dans un milieu où tout passe par le réseau, s'entraider entre femmes, c'est rééquilibrer les chances — les nôtres, et celles de celles qui viennent après.